
Époque · 1789 – 1799
La Révolution
1789-1799 : dix années qui changèrent la France
Le Serment du Jeu de paumeJacques-Louis David, 1790-1792 — Domaine public
De la convocation des états généraux au coup d'État du 18 brumaire, dix années transforment la France : chute de la monarchie, République, Terreur, guerres extérieures et civiles — et des institutions qui durent encore, des départements au système métrique.
Le 5 mai 1789, dans la salle des Menus-Plaisirs de Versailles, Louis XVI ouvre les états généraux du royaume, qui n’avaient pas été réunis depuis 1614. Le motif de la convocation est financier : la dette, alourdie par la guerre d’Amérique, absorbe environ la moitié des revenus de l’État, et les projets de réforme fiscale ont échoué devant la résistance des parlements et des ordres privilégiés. Près de douze cents députés du clergé, de la noblesse et du tiers état apportent les cahiers de doléances rédigés dans tout le pays. Dix ans plus tard, la monarchie aura disparu, une république aura été proclamée, un roi et une reine auront été exécutés, et un général s’apprêtera à prendre le pouvoir.
L’été 1789
Le conflit s’engage d’abord sur la procédure : le tiers état, qui compte autant de députés que les deux autres ordres réunis, exige le vote par tête et non par ordre. Le 17 juin, il se proclame Assemblée nationale. Le 20 juin, trouvant sa salle fermée, il se réunit dans la salle du Jeu de paume et jure de ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution à la France. Le 23 juin, lors d’une séance royale, le roi ordonne aux députés de siéger par ordre ; le tiers refuse de se retirer — c’est à cette séance que se rattache la réplique de Mirabeau au marquis de Dreux-Brézé, connue par des versions divergentes. Le 27 juin, Louis XVI cède et ordonne la réunion des trois ordres.
Le renvoi du ministre Necker, le 11 juillet, et la concentration de troupes autour de Paris provoquent l’insurrection : le 14 juillet 1789, la foule, cherchant de la poudre, prend la forteresse de la Bastille ; une centaine d’assaillants sont tués, le gouverneur de Launay est massacré. Dans les campagnes, la Grande Peur de la fin juillet pousse les paysans à attaquer les châteaux et à brûler les terriers. Dans la nuit du 4 août, l’Assemblée abolit les privilèges et les droits féodaux. Le 26 août, elle adopte la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en dix-sept articles.
Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
— Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article premier, 26 août 1789
Les 5 et 6 octobre, une marche de Parisiennes puis de gardes nationaux sur Versailles ramène la famille royale à Paris, aux Tuileries. L’Assemblée l’y suit.
La monarchie constitutionnelle
L’Assemblée constituante réorganise le pays : les biens du clergé sont mis à la disposition de la Nation (2 novembre 1789) et gagés par un papier-monnaie, l’assignat ; le territoire est divisé en 83 départements (1790) ; les anciennes provinces, douanes intérieures et justices seigneuriales disparaissent. La constitution civile du clergé (12 juillet 1790) fait des prêtres des fonctionnaires élus et exige d’eux un serment : presque tous les évêques et environ la moitié des curés le refusent, et le pape le condamne au printemps de 1791. Le clergé se divise entre « jureurs » et « réfractaires », fracture durable du pays.
Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, la famille royale fuit Paris ; reconnue, elle est arrêtée à Varennes et ramenée dans la capitale. La confiance envers le roi en sort durablement atteinte. La Constitution de 1791, achevée en septembre, établit néanmoins une monarchie constitutionnelle : le roi conserve l’exécutif et un veto suspensif, une Assemblée législative élue au suffrage censitaire fait la loi. Elle se réunit le 1ᵉʳ octobre 1791.
La guerre et la chute du trône
Le 20 avril 1792, sur proposition du roi et à la quasi-unanimité, l’Assemblée déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie ». Les premiers revers, la crainte de l’invasion et le manifeste menaçant du duc de Brunswick précipitent la crise : le 10 août 1792, les sections parisiennes et les fédérés prennent les Tuileries — la garde suisse est massacrée — et le roi, suspendu, est enfermé au Temple. Du 2 au 6 septembre, alors que Verdun vient de tomber, des détenus des prisons parisiennes sont massacrés : les estimations vont de 1 100 à 1 400 morts.
Le 20 septembre 1792, à Valmy, l’armée franco-révolutionnaire de Dumouriez et Kellermann arrête l’armée prussienne, qui fait retraite. Le même jour, une des dernières lois de la Législative laïcise l’état civil et institue le divorce. Le lendemain, la Convention nationale, élue au suffrage universel masculin, abolit la royauté ; à partir du 22 septembre 1792, les actes publics sont datés de l’an I de la République.
La Convention : guerre civile et Terreur
Le procès de Louis XVI s’ouvre en décembre 1792 ; déclaré coupable de conspiration contre la liberté publique, il est condamné à mort à une faible majorité et guillotiné le 21 janvier 1793, place de la Révolution. La reine Marie-Antoinette est jugée et exécutée le 16 octobre 1793. L’exécution du roi élargit la guerre : l’Angleterre, l’Espagne et d’autres puissances rejoignent la coalition.
En février 1793, la Convention décrète une levée de 300 000 hommes. Son application déclenche en mars le soulèvement de la Vendée, qui devient une guerre civile de grande ampleur, traitée dans le dossier consacré aux guerres de Vendée. L’élimination des députés girondins (31 mai - 2 juin 1793) provoque par ailleurs des insurrections dites fédéralistes à Lyon, Marseille, Bordeaux et Caen ; Toulon livre sa rade aux Anglais. Face à la crise, la Convention décrète la levée en masse (23 août 1793) et met « la terreur à l’ordre du jour » : loi des suspects du 17 septembre 1793, pouvoirs étendus du Comité de salut public, représentants en mission, tribunal révolutionnaire. Les tribunaux et commissions révolutionnaires prononcent environ 16 600 condamnations à mort, auxquelles s’ajoutent les morts en détention, les exécutions sans jugement et les victimes, bien plus nombreuses, des guerres civiles. La déchristianisation ferme des églises, impose le calendrier républicain et transforme des sanctuaires en temples de la Raison. Le 4 février 1794, la Convention abolit l’esclavage dans les colonies — mesure rétablie en 1802. Après l’élimination des factions hébertiste puis dantoniste au printemps 1794 et la loi de prairial, qui accélère les procès, la Terreur s’intensifie alors même que la victoire de Fleurus (26 juin 1794) éloigne le péril extérieur. Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), la Convention décrète l’arrestation de Robespierre, exécuté le lendemain avec ses proches.
De Thermidor à Brumaire
La Convention thermidorienne démantèle le gouvernement révolutionnaire, ferme le club des Jacobins et laisse se dérouler dans le Midi une « Terreur blanche » contre les anciens terroristes. Elle vote aussi des mesures durables : la loi du 7 avril 1795 institue le système métrique décimal. La Constitution de l’an III (1795) établit le Directoire, régime censitaire à cinq directeurs et deux conseils, qui gouverne quatre ans entre coups d’État à répétition, banqueroute partielle et guerres continues — campagnes d’Italie (1796-1797) puis d’Égypte (1798), qui font la renommée du général Bonaparte. Les 18 et 19 brumaire an VIII (9-10 novembre 1799), celui-ci renverse le Directoire avec l’appui de Sieyès : le Consulat qui en sort ouvre la période du Consulat et de l’Empire. La décennie révolutionnaire est close.
Ce qu’il reste
La Révolution a laissé à la France une part considérable de son cadre actuel : les départements et les communes, l’état civil, le système métrique adopté depuis par la plus grande partie du monde, l’égalité devant la loi et l’impôt, la notion de citoyen. La Déclaration de 1789 figure aujourd’hui au préambule de la Constitution ; La Marseillaise, composée par Rouget de Lisle en avril 1792, est devenue l’hymne national, et le 14 juillet la fête nationale. L’événement lui-même, avec ses conquêtes et ses violences, n’a cessé d’être étudié et débattu ; il clôt le siècle des Lumières et ouvre l’histoire contemporaine de la France.
Dans cette époque