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Histoire de France
La rame TGV 4402, détentrice du record du monde de vitesse sur rail, par Denis Cheyrouze

Époque · 1945 – aujourd'hui

La France contemporaine

Des ruines de la guerre au TGV et à Ariane : la France relevée, équipée et rendue à son rang

La rame TGV 4402, détentrice du record du monde de vitesse sur railDenis Cheyrouze, 2013 — Tous droits réservés

Des ruines de 1945 aux records du TGV, la France se relève, se reconstruit et retrouve son rang : Sécurité sociale, Europe naissante, Vᵉ République, Concorde, Ariane. Deux générations suffisent pour refaire du pays une puissance et de son nom une promesse.

Le 29 avril 1945, on se bat encore au cœur de l’Allemagne — et pourtant, ce dimanche-là, la France vote. Pour la première fois de son histoire, les femmes entrent dans l’isoloir : des millions de Françaises glissent un bulletin dans l’urne des élections municipales, dans un pays aux ponts coupés, aux ports dynamités, aux villes éventrées, où le pain est encore rationné. Qu’on mesure le contraste : la nation la plus meurtrie d’Europe occidentale commence sa renaissance par un geste civique. C’est tout le raccourci de l’époque qui s’ouvre — un pays en ruine qui, en deux générations, va se rebâtir pierre à pierre, s’équiper comme jamais depuis Colbert, et reparaître au premier rang des nations.

Reconstruire, protéger, repeupler

Au lendemain de la Libération, tout est à refaire, et tout se fait à la fois. Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 fondent la Sécurité sociale : le vieux rêve de protéger chacun « contre les risques de l’existence » devient une institution, bientôt complétée par les allocations familiales et la retraite. Le Commissariat général du Plan, confié en 1946 à Jean Monnet, ordonne la reconstruction : charbon, acier, ciment, électricité. Les barrages s’élèvent sur le Rhône et la Durance, les ports renaissent, et Le Havre, rasé par les bombes, est rebâti par Auguste Perret avec une ampleur qui lui vaudra d’être inscrit au patrimoine mondial. La IVᵉ République, proclamée en octobre 1946, sera instable dans ses gouvernements mais féconde dans ses œuvres. Et le pays lui-même refleurit : c’est le baby-boom, le plus puissant élan démographique que la France ait connu depuis un siècle.

« Des réalisations concrètes »

Trois guerres en soixante-dix ans ont dressé la France contre l’Allemagne. Le 9 mai 1950, dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay, Robert Schuman propose l’impensable : mettre en commun le charbon et l’acier des deux pays, les instruments mêmes de la guerre.

L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait.

— Robert Schuman, déclaration du 9 mai 1950

Le traité de Paris crée en 1951 la Communauté du charbon et de l’acier ; le traité de Rome, signé le 25 mars 1957 par six nations, fonde le Marché commun. L’Europe naît à Paris, d’une idée française — celle de Schuman et de Jean Monnet —, et la réconciliation se scelle solennellement le 22 janvier 1963, quand le traité de l’Élysée unit la France et l’Allemagne d’une amitié que rien, depuis, n’a démentie.

La fin de l’empire

Dans le même temps, l’empire colonial se défait, et le récit doit ici la sobriété aux faits. En Indochine, la guerre commencée en 1946 s’achève par la chute du camp retranché de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, après cinquante-six jours de siège ; les accords de Genève, en juillet, mettent fin au conflit. Le 1ᵉʳ novembre de la même année, l’insurrection commence en Algérie : huit années de guerre, douloureuses sur les deux rives, jusqu’aux accords d’Évian du 18 mars 1962 ; l’Algérie devient indépendante en juillet, et près d’un million de Français d’Algérie traversent la Méditerranée en quelques mois. L’Afrique subsaharienne, elle, accède à l’indépendance en 1960, par la voie des accords et des urnes : quatorze États nouveaux naissent cette année-là de l’ancienne Afrique française, qui gardent avec Paris la langue en partage.

1958, la République du général

La crise algérienne emporte la IVᵉ République. En mai 1958, la France rappelle l’homme du 18 Juin ; il propose au pays une constitution nouvelle, que le peuple approuve massivement par référendum le 28 septembre 1958 : la Vᵉ République est née, dotée d’un exécutif fort et bientôt, en 1962, d’un président élu au suffrage universel. De Gaulle lui fixe un cap d’un mot : l’indépendance. Le 13 février 1960, à Reggane, au cœur du Sahara, la première bombe atomique française éclate — « Gerboise bleue » — et la France se donne une force de dissuasion qui ne dépendra que d’elle, bientôt portée par ses sous-marins. André Malraux, premier ministre des Affaires culturelles de l’histoire, fait ravaler les façades noircies de Paris, sauve les quartiers anciens par la loi de 1962 et ouvre des maisons de la culture : l’État renoue avec le mécénat des rois. Au printemps de 1968, une révolte étudiante devenue grève générale suspend la vie du pays près d’un mois, avant que la France ne reprenne son cours. Le général se retire en 1969 et meurt à Colombey-les-Deux-Églises le 9 novembre 1970 ; l’œuvre institutionnelle, elle, demeure.

Le temps des bâtisseurs

L’économiste Jean Fourastié donnera un nom à ces trois décennies d’après-guerre : les « Trente Glorieuses ». Croissance de près de 5 % l’an en moyenne, plein emploi, autoroutes, électrification achevée, campagnes équipées de machines : jamais le niveau de vie des Français n’avait progressé si vite. Et jamais, peut-être, le génie technique national n’avait brillé d’un tel éclat. La Caravelle, envolée en 1955, séduit les compagnies du monde entier ; le 2 mars 1969, à Toulouse, le Concorde franco-britannique prend son premier vol, avant de porter des passagers à deux fois la vitesse du son. Le 24 décembre 1979, la fusée Ariane s’élance de Kourou et donne à l’Europe l’accès à l’espace ; Airbus, né à Toulouse, deviendra l’un des deux premiers avionneurs du monde. Le 22 septembre 1981, le TGV relie Paris à Lyon et bat ensuite record sur record de vitesse sur rail, jusqu’à 574,8 km/h en 2007. La filière nucléaire, lancée à grande échelle après 1974, fournit environ les deux tiers de l’électricité du pays. Le tunnel sous la Manche, ouvert en mai 1994, réalise un rêve vieux de deux siècles — son tronçon sous-marin demeure le plus long du monde — et le viaduc de Millau, inauguré en décembre 2004, jette sur le Tarn ses pylônes de 343 mètres, plus hauts que la tour Eiffel. D’un chantier l’autre, c’est la même lignée : celle des ingénieurs, héritiers de la France des sciences.

Ce qu’il reste

Ce qu’il reste ? Le pays lui-même, tel qu’on le voit : reconstruit, équipé, protégé par l’une des couvertures sociales les plus complètes du monde. La France d’aujourd’hui est puissance nucléaire et spatiale, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, l’un des cinq seuls États du monde à disposer d’une force de dissuasion en propre. Elle demeure la première destination touristique mondiale — près de cent millions de visiteurs viennent chaque année vers ses cathédrales, ses châteaux, ses villages et ses musées — et son patrimoine inscrit au patrimoine mondial compte parmi les plus riches qui soient.

Et il reste le bien le plus ancien et le plus partagé : la langue française, parlée par plus de trois cents millions d’êtres humains sur les cinq continents selon les estimations. De la Gaule romaine au lanceur de Kourou, le fil ne s’est jamais rompu : quinze siècles après Clovis, la France continue d’écrire, dans sa langue, une histoire qui commence chaque matin.