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Histoire de France
Portrait de François Iᵉʳ, roi de France, par D’après Jean Clouet

Grand personnage

François Iᵉʳ

Le roi-chevalier

Portrait de François Iᵉʳ, roi de FranceD’après Jean Clouet, XVIᵉ siècle — Domaine public

Sacré à vingt ans, vainqueur à Marignan, prisonnier à Pavie : François Iᵉʳ fut le roi-chevalier d'une France qui découvrait la Renaissance. Il appela Léonard de Vinci, fit lever Chambord et donna au royaume sa langue.

Au soir du 13 septembre 1515, dans la plaine lombarde au sud de Milan, la bataille n’a pas voulu finir avec le jour. Les gendarmes français et les piquiers suisses se sont battus jusqu’à ce que la nuit sépare les corps ; les deux armées dorment sur place, mêlées, à portée de voix les unes des autres, et le roi de France, qui a vingt ans et règne depuis huit mois, passe la nuit assis sur l’affût d’un canon. À l’aube, l’artillerie reprend, la cavalerie vénitienne paraît à l’horizon, et les Suisses se retirent en bon ordre après avoir perdu leur invincibilité. La tradition veut qu’au soir de cette victoire le roi ait demandé à être fait chevalier de la main de Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche. Le récit est tardif et discuté, mais il dit vrai sur un point : ce prince-là voulait régner comme on charge.

Le roi qui arrive

François d’Angoulême naît le 12 septembre 1494 à Cognac. Il n’est qu’un cousin éloigné du roi, mais Louis XII n’a pas de fils : sa mère, Louise de Savoie, l’élève dans la certitude qu’il régnera, et sa sœur Marguerite lui donne le goût des lettres. En 1514, il épouse Claude de France, fille du roi ; le 1ᵉʳ janvier 1515, Louis XII meurt ; le 25 janvier, à Reims, François reçoit l’onction et devient le vingt-cinquième roi sacré dans la cathédrale.

Huit mois plus tard, il a franchi les Alpes par des cols réputés impraticables à l’artillerie et gagné Marignan. La victoire lui vaut le duché de Milan, la paix perpétuelle avec les cantons suisses — qui tiendra jusqu’à la Révolution — et, avec le pape Léon X, le concordat de Bologne de 1516 : le roi nommera désormais les évêques et les abbés du royaume. En une année, le jeune homme a conquis une principauté, un traité et une Église.

Le duel de deux mondes

Puis le siècle se referme sur lui. En 1519, à la mort de l’empereur Maximilien, François brigue la couronne impériale ; les Fugger paient pour son rival, et les électeurs choisissent Charles de Habsbourg, qui devient Charles Quint. Le roi de France se trouve cerné : Espagne, Pays-Bas, Empire, Naples. Il cherche l’alliance anglaise et déploie, en juin 1520, entre Guînes et Ardres, le fastueux Camp du Drap d’or — dix-huit jours de tentes brodées d’or, de tournois et de banquets avec Henri VIII, qui n’accoucheront d’aucune alliance. Ce sera la guerre, quatre fois, pendant vingt-cinq ans.

Le 24 février 1525, sous les murs de Pavie, la chevalerie française est brisée par l’arquebuse et les tercios impériaux. La Palice y meurt, Bonnivet aussi, la fleur de la noblesse reste sur le champ ; le roi, son cheval tué sous lui, se rend. On l’emmène en Espagne, où il demeure prisonnier près d’un an, à Madrid. C’est de là qu’il écrit à sa mère la lettre la plus célèbre de notre histoire :

Madame, pour vous faire savoir comme se porte le reste de mon infortune, de toutes choses ne m’est demeuré que l’honneur et la vie qui est sauve.

— François Iᵉʳ à Louise de Savoie, 1525 (la formule « Tout est perdu, fors l’honneur » est une condensation postérieure de ce texte)

Libéré en mars 1526 contre le traité de Madrid — qu’il répudie aussitôt — et contre ses deux fils livrés en otages pour quatre ans, il reprendra la lutte jusqu’à la paix de Crépy, en 1544. Aucun des deux souverains n’aura vaincu l’autre.

Le roi et les artistes

Ce que la guerre lui refusait, l’Italie le lui avait donné : le goût de la beauté neuve. En 1516, François fait venir en France un vieil homme de soixante-quatre ans, Léonard de Vinci, l’installe au manoir du Cloux, près d’Amboise, avec une pension et le titre de « premier peintre, ingénieur et architecte du roi ». Léonard y meurt le 2 mai 1519 ; la légende, répandue par Vasari, le fait expirer dans les bras du roi, qui se trouvait ailleurs. Dans ses bagages était venu un petit portrait sur bois qui entre alors dans les collections royales : la Joconde.

Le roi bâtit comme il collectionne, sans mesure. En 1519 s’ouvre le chantier de Chambord, palais de chasse sans ville ni rivière, hérissé de tourelles et centré sur un escalier à double révolution. À Fontainebleau, où il réunit ses tableaux et ses antiques, il appelle les Florentins Rosso puis Primatice : de leurs stucs et de leurs fresques naît la première école de Fontainebleau, par où le maniérisme italien devient français. À Paris enfin, il fait abattre le vieux donjon médiéval et charge en 1546 Pierre Lescot de rebâtir le Louvre à l’antique. Il rassemble aussi une bibliothèque royale, ancêtre de la Bibliothèque nationale, et l’ordonnance de Montpellier de 1537 institue le dépôt légal : un exemplaire de tout livre imprimé dans le royaume doit lui être remis. Nul souverain d’Europe n’avait songé à garder ainsi la mémoire de ce qui s’imprime.

Villers-Cotterêts, ou la France en français

En 1530, sur le conseil de l’helléniste Guillaume Budé, il institue des lecteurs royaux, payés par lui pour enseigner librement le grec, l’hébreu et le latin hors de l’autorité de la Sorbonne : ce sont les commencements du Collège de France. Les humanistes le saluent « père et restaurateur des lettres ».

Puis vient le texte qui, plus qu’aucune bataille, a fait la France. En août 1539, au château de Villers-Cotterêts, une longue ordonnance de réforme de la justice impose aux curés de tenir registre des baptêmes — l’acte de naissance de l’état civil — et ordonne que tous les actes de justice soient prononcés et écrits

en langage maternel françois et non autrement.

— Ordonnance de Villers-Cotterêts, article 111, août 1539

Le latin recule, les parlers du royaume aussi ; la langue française devient la langue de l’État, et le restera. Le même roi fonde en 1517 le port du Havre, envoie en 1534 le Malouin Jacques Cartier reconnaître le Saint-Laurent et prendre possession du Canada au nom de la couronne — première racine des grandes explorations françaises — et, dès 1536, traite avec le sultan Soliman le Magnifique des accords de commerce et d’alliance qui scandalisent la chrétienté mais desserrent l’étau des Habsbourg.

Les ombres du soir

Le règne s’assombrit. L’affaire des Placards, dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534 — des affiches contre la messe jusque sur la porte de la chambre royale à Amboise — transforme le protecteur des humanistes en persécuteur. En avril 1545, l’arrêt de Mérindol, rendu cinq ans plus tôt contre les Vaudois du Luberon, est exécuté par le parlement d’Aix : une vingtaine de villages sont détruits et les victimes se comptent, selon les estimations, de plusieurs centaines à plusieurs milliers.

Usé, malade, il meurt au château de Rambouillet le 31 mars 1547, à cinquante-deux ans, et repose à Saint-Denis sous un tombeau de marbre. Son fils Henri II lui succède.

Ce qu’il reste

Sur les voûtes de Chambord, aux plafonds de Fontainebleau, sur la pierre de Blois et de Chenonceau, un même animal revient par centaines : la salamandre couronnée, qui vit dans le feu sans y brûler, avec sa devise — Nutrisco et extinguo, « je m’en nourris et je l’éteins ». C’est la signature d’un roi partout présent, qui voulut que la France fût belle autant que forte.

Il a perdu l’Italie et l’Empire ; il a gagné le reste. De son règne datent les châteaux de la Loire, la première collection royale de peintures, le Collège de France, le dépôt légal, un port sur la Manche, une croix plantée en Gaspésie et surtout ces quelques mots d’une ordonnance d’août 1539 par quoi un peuple reçut, pour ses actes et pour ses lois, la langue qu’il parle encore.