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Histoire de France
François Iᵉʳ reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci, par Jean-Auguste-Dominique Ingres

Époque · 1453 – 1559

La Renaissance

De Louis XI à Henri II : la France achève son royaume et s'éprend de la beauté

François Iᵉʳ reçoit les derniers soupirs de Léonard de VinciJean-Auguste-Dominique Ingres, 1818 — CC0

Entre la fin de la guerre de Cent Ans et la mort d'Henri II, la France achève son unité, court les routes d'Italie et s'éprend de la beauté : châteaux de la Loire, humanisme, Collège de France, langue du roi. Un siècle d'éblouissement : la Renaissance.

Dans les derniers mois de 1516, un vieil homme passe les Alpes à dos de mulet. Dans ses coffres de cuir voyagent trois tableaux : un Saint Jean-Baptiste, une Sainte Anne et le portrait d’une dame florentine au sourire indéchiffrable, que le monde appellera la Joconde. Léonard de Vinci a soixante-quatre ans ; il quitte l’Italie pour n’y jamais revenir, appelé par le jeune vainqueur de Marignan, François Ier, qui l’installe au manoir du Clos-Lucé, à quelques pas du château d’Amboise, avec le titre de premier peintre, ingénieur et architecte du roi. Que le plus grand génie du siècle vienne achever sa vie au bord de la Loire, voilà qui dit tout : la France, sortie victorieuse mais épuisée de la guerre de Cent Ans, ne veut plus seulement être forte. Elle veut être belle.

L’universelle aragne

Tout commence pourtant par un roi sans panache. Vêtu de gros drap, coiffé d’un chapeau de feutre piqué d’images de plomb, Louis XI, roi de 1461 à 1483, préfère aux tournois les courriers, les marchands et les longues patiences. Ses ennemis l’appellent « l’universelle aragne », tant il tisse sa toile ; l’histoire retiendra qu’il acheva la France. Face à lui se dresse Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, dont les possessions coupent le royaume en deux et qui rêve de se faire roi. Le Téméraire trouve la mort devant Nancy, le 5 janvier 1477 — on retrouva son corps quelques jours plus tard, pris dans les glaces d’un étang. Louis XI recueille la Bourgogne et la Picardie ; en 1481, l’héritage de la maison d’Anjou lui apporte l’Anjou, le Maine et la Provence avec Marseille : le royaume touche désormais la Méditerranée. Le même roi établit les relais de la poste royale, acclimate les métiers à soie à Tours — Lyon en fera plus tard sa fortune — et protège l’imprimerie naissante : le premier atelier de France s’est installé en 1470 dans les murs mêmes de la Sorbonne. Restait la Bretagne : les mariages de la duchesse Anne, épouse de Charles VIII en 1491 puis de Louis XII en 1499, la donnent à la France, et l’édit d’union de 1532 scellera définitivement l’alliance.

Le mirage italien

Unie et pleine de forces, la France tourne alors les yeux au-delà des monts. En septembre 1494, Charles VIII franchit les Alpes pour faire valoir ses droits sur Naples : il y entre en triomphe, doit en repartir, se fraye le chemin du retour à Fornoue en 1495 — et rapporte dans ses bagages des artistes, des jardiniers et le goût de l’Italie. Louis XII s’empare du Milanais. François Ier, sacré en 1515 à vingt ans, reprend le rêve et lui donne son éclat : les 13 et 14 septembre 1515, à Marignan, sa gendarmerie et son artillerie brisent en deux jours les piques suisses réputées invincibles. La tradition veut qu’au soir de la bataille, le jeune roi se soit fait armer chevalier par Bayard.

Dix ans plus tard, la roue tourne. Le 24 février 1525, sous les murs de Pavie, l’armée française est anéantie par celle de Charles Quint, et le roi lui-même est fait prisonnier. À sa mère Louise de Savoie, il écrit une lettre dont la postérité fera le proverbe « tout est perdu, fors l’honneur » ; les mots véritables sont à peine moins beaux :

De toutes choses ne m’est demeuré que l’honneur et la vie qui est sauve.

— François Ier, lettre à Louise de Savoie après Pavie, 1525

Une captivité à Madrid, deux fils laissés en otages, des décennies de lutte contre la maison d’Autriche : au bout du compte, la France ne gardera pas l’Italie. Mais l’Italie, elle, a conquis la France — et cette conquête-là fut la bonne.

Les châteaux sur le fleuve

Car au retour des guerres, on bâtit. Sur la Loire et ses affluents, la forteresse se fait demeure de plaisance : Amboise, Blois et sa façade ajourée, Azay-le-Rideau posé sur l’Indre, Chenonceau enjambant le Cher. En 1519, François Ier lance en pleine forêt de Sologne le plus prodigieux de tous : Chambord, ses tours, ses terrasses hérissées de cheminées et son grand escalier à double révolution, dont la tradition attribue le dessin à Léonard. Le vieux maître, lui, s’éteint au Clos-Lucé le 2 mai 1519 ; la légende, embellie par Vasari, le fait mourir dans les bras du roi — elle dit à sa manière ce que la France lui devait. Puis le foyer se déplace : à Fontainebleau, le Rosso et le Primatice couvrent les galeries de fresques et de stucs, et toute une école de peintres prend le nom du château ; à Paris enfin, en 1546, le roi charge Pierre Lescot de rebâtir le Louvre — la sombre forteresse de Philippe Auguste commence à devenir, sous les ciseaux du sculpteur Jean Goujon, le palais que l’on sait.

L’esprit nouveau

La Renaissance n’est pas que de pierre : elle est d’abord une fièvre de l’esprit. Autour de Guillaume Budé, le plus grand helléniste d’Europe, les humanistes retournent aux textes — le grec, l’hébreu, le latin des origines. Sur ses instances, François Ier, que l’on nommera « père et restaurateur des lettres », institue en 1530 les lecteurs royaux, libres de tout programme et payés par le roi : ce collège deviendra le Collège de France. Rabelais donne Pantagruel en 1532, puis Gargantua, géants de rire et de sagesse — « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », y écrit Gargantua à son fils. En août 1539, l’ordonnance de Villers-Cotterêts prescrit que justice soit rendue et actes dressés « en langage maternel françois et non autrement » : la langue française devient la langue du droit, et les curés tiendront registre des baptêmes, prélude à notre état civil. Dix ans plus tard, en 1549, Joachim du Bellay publie la Défense et illustration de la langue française, manifeste de la jeune Pléiade : avec Ronsard, la poésie française se donne pour égale de l’antique. Et tandis que naît en 1533, dans son château de Guyenne, un certain Michel de Montaigne, l’horizon s’élargit : parti de Saint-Malo en avril 1534, Jacques Cartier plante sur les rives de Gaspé une croix fleurdelisée portant les mots « Vive le Roi de France », puis remonte l’année suivante le Saint-Laurent vers les villages dont le nom indien, kanata, donnera le Canada. La France a pris pied dans le Nouveau Monde.

Le soir du tournoi

Henri II poursuit l’œuvre de son père d’une main plus grave. En 1552, il prend sous sa protection les Trois-Évêchés — Metz, Toul et Verdun ; en janvier 1558, François de Guise reprend Calais, dernier gage anglais sur le sol de France. En avril 1559, la paix du Cateau-Cambrésis clôt enfin les guerres d’Italie : la France renonce aux mirages transalpins et garde ses prises. Pour célébrer la paix et les noces royales qui la scellent, un grand tournoi se tient rue Saint-Antoine, à Paris. Le 30 juin 1559, la lance du comte de Montgomery se brise sur le heaume du roi ; un éclat pénètre au-dessus de l’œil. Malgré l’art du chirurgien Ambroise Paré, Henri II meurt le 10 juillet. La Renaissance française s’achève dans le deuil d’une fête : derrière le roi mort, quatre fils fragiles, une reine florentine, et deux religions qui déjà s’arment l’une contre l’autre. Les tempêtes approchent.

Ce qu’il reste

Il reste un pays transfiguré. Les châteaux de la Loire, inscrits avec tout le Val de Loire au patrimoine mondial, demeurent le visage le plus aimé de la France ; la Joconde, entrée dans les collections de François Ier, est devenue au Louvre le tableau le plus regardé du monde. Le Collège de France dispense toujours son enseignement libre et gratuit ; les juristes citent encore les articles de Villers-Cotterêts sur la langue ; et par-delà l’océan, le Canada parle toujours la langue de Jacques Cartier.

Surtout, la Renaissance a fixé pour longtemps une certaine idée française : qu’un grand État se juge aussi à ses artistes, et qu’un roi n’est jamais si grand que lorsqu’il tend la main à Léonard. « France, mère des arts, des armes et des lois », écrira Du Bellay : le siècle entier tient dans ce vers.